Arcadia, c’est quoi ?

Synthèse — Séquence Arcadia / CWIX 26

Point presse du ministère des Armées et des Anciens Combattants — Contre-amiral Vincent Sébastien, chef de la division stratégie numérique

1. Le cadre : l’exercice CWIX 2026

Du 8 au 26 juin, la Pologne a accueilli l’exercice annuel CWIX de l’OTAN (Coalition Warrior Interoperability eXploration, eXperimentation, eXamination and eXercise), événement technique consacré à l’interopérabilité, réunissant militaires et industriels. L’édition 2026 a rassemblé près de 40 nations (nations de l’OTAN, nations et organisations partenaires) et près de 3 300 participants, un record, avec une augmentation régulière du nombre de participants chaque année.

La participation française s’élevait à plus de 229 participants, soit la troisième participation en volume.

L’exercice permet de partager des informations de nature opérationnelle et de dérisquer les architectures techniques des systèmes de commandement et de contrôle (C2), afin d’obtenir des forces interoperable by design et de disposer de zero-day interoperable forces — des forces interopérables au premier jour de leur déploiement opérationnel.

2. Le lien avec l’Allied Reaction Force (ARF)

Ce type d’exercice technique permet aux nations d’assumer en pleine interopérabilité leurs responsabilités de nation cadre au sein de l’Alliance, notamment pour l’Allied Reaction Force, force multinationale, multidomaine et hautement réactive de l’OTAN, capable d’intervenir en moins de 10 jours à l’intérieur ou à l’extérieur du territoire de l’Alliance.

Depuis le 1er juillet 2026, la France assure le commandement des composantes terrestre et aérienne de l’ARF 2026, et ce jusqu’au 30 juin 2027. La Marine prendra le commandement de la composante navale à l’été 2027. CWIX 2025 avait permis de préparer les aspects techniques de la prise d’alerte ARF 2026 ; ces exercices techniques ont ensuite été suivis d’exercices plus opérationnels permettant une certification (Steadfast Adder, Steadfast Dart, etc.).

Lors de CWIX 26, un des objectifs majeurs était la préparation de la prise d’alerte ARF 2027 de la Marine. Plus de 5 000 tests techniques ont été réalisés dans plus de 25 domaines d’interopérabilité technique suivant les standards de l’OTAN : interopérabilité des communications radio, communications satellitaires, systèmes de tenue de situation opérationnelle, sécurité par le marquage de la donnée, etc.

3. Le projet Arcadia

Arcadia est présenté comme le projet français majeur de refonte profonde de l’outillage numérique au profit du commandement des opérations (C2). Une task force nationale dédiée mobilise toutes les entités numériques du ministère : l’État-major des armées, la Direction générale de l’armement, le Commissariat du numérique de défense et l’agence ministérielle pour l’IA de défense, permettant de conduire de manière cohérente et coordonnée toutes les composantes du projet.

De manière schématique, Arcadia repose sur trois couches :

  1. Des technologies modernes de type cloud : un cloud national métropolitain et un cloud edge déployé sur le terrain, avec des data hubs au plus près des forces.
  2. Une plateforme dédiée de fusion et d’exploitation des données : la fusion, le croisement et l’exploitation massive des données opérationnelles (« big data » des données opérationnelles).
  3. Une mosaïque applicative : mise à disposition des acteurs opérationnels d’applications métier variées, à la manière des applications d’un téléphone — tenue de situation opérationnelle fusionnée, planification et ordres, ciblage, logistique opérationnelle — le nombre de cas d’usage pouvant être étendu. Le tout accéléré par l’usage de l’intelligence artificielle.

La démarche est nationale, de souveraineté, mais avec vocation à être parfaitement interopérable, raison de la présence à CWIX. Arcadia doit irriguer les états-majors dès 2026 dans une version initiale et continuera à évoluer au fur et à mesure des tests et des échanges de données.

4. Résultats et prochaines échéances

Lors de CWIX, de multiples tests ont prouvé l’interopérabilité d’Arcadia, avec de premiers succès enregistrés à la fois avec des systèmes d’autres nations et avec des systèmes déjà en service au sein de l’Alliance.

La mise en service sera progressive. L’interopérabilité continuera d’être éprouvée lors de plusieurs autres exercices en 2026 : le prochain, Bold Quest, aura lieu aux États-Unis dès août 2026, puis CWIX 2027, avec une perspective de mise en service opérationnelle progressive et continue, l’offre applicative continuant de s’étoffer au profit des forces.


5. Les questions-réponses

Rémy Bayol (BFM Tech) — Sur l’interopérabilité avec Maven Smart System : est-ce ce qui a été testé lors de CWIX ?
Réponse : non, Maven Smart System n’était pas présent lors de CWIX, mais c’est bien l’objectif. MSS est un système en cours de déploiement au sein de l’Alliance, qui vient d’être déclaré opérationnel. Sa démarche est tout à fait comparable à celle d’Arcadia : fusion massive des données pour exploitation au bénéfice des opérationnels. La France vise la pleine interopérabilité avec ce système et travaille avec ses partenaires au sein de l’Alliance pour la tester lors des prochaines sessions — sans certitude de pouvoir le faire dès Bold Quest en août 2026, mais c’est l’objectif dans les mois qui viennent.

Rémy Bayol (BFM Tech) — Sur les autres échéances du projet, notamment une éventuelle shortlist d’acteurs pour les applications métier et le rétroplanning.
Réponse : l’approche est très modulaire, par couches. Certaines briques sont déjà en service : la plateforme data existe déjà, c’est Artémis, programme déjà en service dans les armées françaises, avec son cadre contractuel existant. Ce qui sera étoffé et développé, ce sont les cas d’usage. De nouveaux choix contractuels sont possibles, mais les armées n’ont pas attendu une ingénierie contractuelle : certains cas d’usage sont développés en interne par les armées avec leurs propres moyens, d’autres sont confiés à des tiers via les cadres contractuels existants (Commissariat du numérique de défense, DGA). D’éventuels autres développements contractuels ne relèvent pas de l’EMA.

Clément Daniez (L’Opinion) — Quels systèmes d’autres nations ont pu interopérer avec Arcadia ?
Réponse : des systèmes déjà déployés au sein de l’Alliance, comme LogFAS (logistique opérationnelle, tenue de situation), des échanges de flux de données en temps réel via liaisons de données tactiques (JREAP par exemple), et des systèmes C2 de nations partenaires — le plus emblématique cité étant SitaWare, logiciel de C2 de la société danoise Systematic, adopté par de nombreuses nations et utilisé actuellement par l’armée de Terre française.

Rémy Bayol (BFM Tech) — L’ambition française est-elle d’avoir à terme un produit qui concurrence MSS, y compris au sein de l’OTAN, ou simplement un outil interopérable, sachant que l’OTAN fonctionnera avec Palantir pendant de nombreuses années ?
Réponse : MSS étant déclaré opérationnel au sein de l’Alliance, la priorité absolue est d’obtenir l’interopérabilité avec ce système. La démarche est une démarche de souveraineté — construire son propre système — mais de souveraineté interopérable. L’approche modulaire par couches (cloud, plateforme data, mosaïque applicative) offre par ailleurs des possibilités pour les nations de l’Alliance de choisir en toute souveraineté leur montage : une nation ayant déjà choisi son cloud mais dépourvue de plateforme data pourrait voir la France candidater pour fournir sa brique plateforme data. Des échanges entre nations pour des briques bâties conjointement sont également possibles. C’est cette approche modulaire et ouverte que la France promeut au sein de l’Alliance.

Clément Daniez (L’Opinion) — D’ici CWIX 2027, quelles briques la France espère-t-elle valider au sein d’Arcadia ?
Réponse : l’amélioration de la fusion de la tenue de situation opérationnelle, brique de base des systèmes C2 et priorité absolue, ainsi que l’amélioration des processus de ciblage (targeting au sein de l’OTAN).

Question d’un journaliste — Comment Arcadia s’articule-t-il avec le SICS de l’armée de Terre : intégration, pont, fusion ? Comment cela s’articule-t-il avec Scorpion ?
Réponse : la logique est interarmées. Arcadia s’appuie sur des démarches d’armées qui se sont emparées du sujet de la donnée, de la fusion et de la tenue de situation opérationnelle. La gestion de la double exigence — fusion interarmées et spécificités de milieu — repose sur les couches décrites : le cloud et la plateforme data constituent la structure de base commune, tandis que le package applicatif peut différer d’une armée à l’autre. L’application C2 des marins ne sera pas forcément la même que celle des terriens. Les armées ont déjà développé des cas d’usage répondant à leurs besoins, qui seront posés sur ces briques. Le package ne sera pas le même au CPCO, dans la Marine nationale ou dans l’armée de Terre, mais le socle commun permettra la fusion des données et, au sein d’un état-major stratégique, une fusion complète de la tenue de situation opérationnelle.

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